Nouvelles de l'Ambassade
La cérémonie d’investiture présidentielle : Une Célébration de la démocratie
Une tradition continue
Lorsque M. Barack Obama prêtera serment, le 20 janvier à midi, pour entamer un mandat de quatre ans, il sera le 44ème président des États-Unis à répéter ces paroles prononcées pour la première fois par George Washington en 1789.
La prestation de serment aura lieu au Capitole, le siège du Congrès américain, sur la façade ouest de l’édifice, qui donne sur l’Esplanade de Washington, comme cela se fait depuis 1801, quand Thomas Jefferson (le 2ème président) a prononcé ce même serment. C’est le président de la Cour Suprême des États-Unis qui préside la cérémonie d’investiture depuis la troisième prestation de serment en 1797 de John Adams.
A l’investiture de M. Obama seront présents aux premières loges, les membres de la famille, le président sortant, des ministres anciens et futurs, des sénateurs et des députés, des magistrats de la Cour Suprême et l’immense foule d’invités.
La cérémonie sera pleine de symbole. M. Obama prêtera serment sur la Bible : la même sur laquelle le Président Lincoln a prêté serment lors de sa première investiture en 1861. Cette bible fait partie d’une collection de la Bibliothèque du Congrès. Bien que la bible serve à prêter serment, comme le veut la tradition, il faut noter que cet acte n’est pas prescrit par la Constitution américaine.
Le défilé qui suivra la cérémonie d’investiture verra pour la première fois la participation des descendants de membres du fameux 54ème Bataillon d’Infanterie de Massachusetts ; ce bataillon entièrement composé de soldats noirs ayant pris une part active à notre guerre civile, a fait montre de courage à une époque où beaucoup doutaient de la capacité des noirs à exercer le métier des armes.
Le sens de la cérémonie
Il est important de souligner que c’est l’investiture en soi, qui est le plus grand symbole, en ce sens que pour nous, l’investiture d’un nouveau président est une occasion de magnifier la démocratie. L’installation du président américain n’est pas moins importante que l’expression du suffrage du peuple. Je pense qu’il importe pour ceux dont c’est la première fois d’assister à une investiture de comprendre qu’il s’agit ici, en fin de compte, de la mise en place du choix du peuple. C’est pourquoi elle se fait en présence et avec la participation de toutes les autorités de la nation. En outre la cérémonie a lieu là où siègent les représentants du peuple et sous l’égide du président de la Cour Suprême en présence du président sortant qui rentre immédiatement après dans la vie civile. Chaque cérémonie de prestation est un événement singulier ; d’où l’intérêt qu’elle suscite chez des milliers de nos concitoyens et de non-américains qui effectuent à chaque fois le déplacement sur Washington. C’est pour eux l’occasion de voir la démocratie en action.
La tenue de la cérémonie de l’investiture représente l’acceptation par toutes les autorités et par le peuple dans son entièreté, d’une transition de pouvoir. Les symboles que véhicule cette cérémonie nous rappellent que les transitions paisibles sont et doivent rester une tradition américaine incontestable. L’investiture de M. Barack Obama sera historique, bien sûr, étant donné qu’il sera le premier Africain-Américain à prêter serment comme président des Etats-Unis ; mais son investiture sera dans le même temps la continuation d’une longue et très belle tradition américaine.
Les discours prononcés après la prestation de serment sont devenus un élément de cette tradition. C’est lors du discours inaugural que la majorité des présidents ont présenté leur vision du futur à travers leur programme au peuple américain. Parmi ces discours, le plus fameux est celui de John F. Kennedy, qui disait : «Ainsi donc, chers concitoyens, ne demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous. Demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour l’Amérique. »
C’est souvent aussi une occasion pour le nouveau président de souligner l’importance historique du moment.
En 1981, par exemple, Ronald Reagan a dit : « Pour quelques-uns d’entre nous, ici aujourd’hui, ceci est un moment solennel, d’une importance suprême ; et pourtant, dans l’histoire de notre nation, c’est un événement ordinaire. Le transfert méthodique du pouvoir tel qu’il est stipulé par la Constitution s’est fait comme il se fait régulièrement depuis près de deux siècles, et peu d’entre nous s’arrêtent pour songer à son caractère exceptionnel. Aux yeux de nombre de gens à travers le monde, cette cérémonie quadriennale qui nous paraît normale ne représente rien moins qu’un miracle.
« Personnellement, j’apprécie particulièrement la formule du premier président Bush qui disait en 1989 : « Je vois l’histoire comme un livre fait de nombreuses pages que nous remplissons chaque jour d’actes d’espoir et de raison. Une nouvelle brise souffle, une page se tourne, et l’histoire suit son cours. Ainsi, un nouveau chapitre commence aujourd’hui. C’est une histoire simple mais solennelle, une histoire d’unité, de diversité et de générosité, que nous partageons et écrivons ensemble. »
La démocratie américaine
Comme l’élection de M. Obama, la cérémonie d’investiture suscitera aussi beaucoup de discussion sur le système de démocratie aux États-Unis. Les journalistes, les politologues, les enseignants, etc. saisiront l’occasion pour analyser la démocratie américaine dans le but d’expliquer les éléments qui ont concouru à la réussite de notre système pendant tant d’années. Dans cet esprit, j’aimerais partager avec vous quelques idées qui peuvent intéresser vos lecteurs.
Tout d’abord, j’aimerais vous rappeler que nos pères fondateurs étaient en majorité des personnes qui avaient quitté leur pays natal pour chercher un espace où ils peuvent vivre librement. Plus précisément ils rêvaient d’un endroit où ils auraient la liberté de pratiquer leur religion particulière ou de poursuivre un mode de vie à leur choix. Alors dès le commencement de notre démocratie, il existe un attachement très fort aux principes de l’égalité des hommes et de la liberté de d’expression. Aussi, nos pères fondateurs se méfiaient-ils des aristocrates; ils mettaient beaucoup plus confiance dans la sagesse du peuple.
C’est pourquoi ils ont créé un système qui oblige les autorités à obtenir l’accord préalable du peuple (ou de leurs représentants) pour les prises de décisions. Je citerai donc la participation massive de la population à travers un libre échange d’idées comme un élément clé qui a contribué au succès de notre système de démocratie. Ce libre échange d’idées est souvent effectué à travers les médias, ce qui justifie et explique notre attachement si fort à la liberté de la presse. L’accès à une multiplicité d’opinions et d’idées permet à nos citoyens de former leurs propres idées, de situer leurs opinions dans l’ensemble de celles d’une population plus large et finalement d’accepter, même s’ils ne sont pas d’accord, le choix de la majorité.
La liberté d’expression est aussi le meilleur moyen de fournir aux dirigeants l’information indispensable à la prise de décision collective optimale. Ceux qui écoutent et tiennent compte des signaux émis par l’ensemble du peuple ont tendance à réussir.
Un deuxième élément clé, à mon avis, c’est la séparation des pouvoirs. En bref, notre Constitution, qui définie les droits fondamentaux du peuple, consacre certains pouvoirs à l’exécutif, d’autres pouvoirs au législatif, et établit un pouvoir judiciaire indépendant. Cette dispersion de pouvoir oblige les différents éléments du gouvernement à travailler ensemble et elle minimise la possibilité d’actions qui ne correspondent pas à la volonté du peuple, ou l’adoption des mesures qui puissent remettre en cause les droits du peuple. Pour vous citer un exemple, l’exécutif peut demander un changement de n’importe quelle loi, mais seule un Membre du Congrès peut introduire un ‘bill’ (un projet de loi) pour effectuer ce changement. Une majorité des membres du Congrès doivent voter en faveur de ce changement, tout en sachant qu’il ou elle sera interpellé (é) par le peuple pour expliquer cette décision. Même après qu’une loi soit amendée, un citoyen qui pense que la loi va contre la Constitution peut saisir le pouvoir judiciaire et peut porter plainte, parfois devant la Cour Suprême, pour demander que la cour se prononce sur la légitimité de la nouvelle loi.
C’est peut-être la raison pour laquelle la prestation de serment ne comprend que 35 mots « Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger, et défendre la Constitution des États-Unis. »
Certes, ce système est compliqué et loin d’être parfait. Mais c’est aussi un système vivant, parce que notre démocratie est vivante. C’est un système qui permet les ajustements nécessaires mais qui encadre et qui protège, depuis plus de 200 ans, les droits et les libertés du peuple américain.